mercredi 28 mai 2014

X-Men : Le Commencement (2011)

Suite au départ de Bryan Singer de la franchise, les X-Men ont perdu leur âme. Leurs long-métrages sont devenus de simples produits façonnés par le marketing et confiés à des Yes-Man, sans scrupules, devenant ainsi des super-héros de films médiocres, voir désastreux comme, X-Men : L'Affrontement Final & X-Men Origins : Wolverine. Ce nouvel opus signe-t-il un retour en grâce de la saga ?!

En Avril 2006, après avoir fini son travail sur l'abominable troisième volet, le scénariste Zak Penn (Elektra, X-Men 2) déclare être engagé pour écrire un nouveau chapitre dérivé de la saga X-Men. L'année d'après dans un entretien, l'auteur précise :  ce concentrer sur la jeunesse des mutants, en se focalisant sur la série de comics, X-Men First Class.

20th Century Fox contact pour participer à l'écriture de ce projet Josh Schwartz, créateur en vogue connu pour Newport BeachGossip Girl & Chuck. Ce dernier rend son scénario en Mai 2008, et envisage dans la foulée de réaliser lui même ce film. Mais suite aux nombreuses diatribes des amateurs de comics-book sur le web, concernant les deux derniers opus de la saga. Par peur d'un désamour du public et d'un futur désastre pour sa franchise, la production demande en octobre 2009 à Bryan Singer de revenir pour sauver les mutants d'un nouveau cataclysmeÀ l'époque le projet spin-off de David S. Goyer - scénariste de la trilogie Batman de Christopher Nolan - X-Men Origins : Magnéto était encore dans les tuyaux du studio car la major mise sur les personnages de la saga. les plus exploitables en franchise à part. Mais Bryan Singer décide de fusionner les éléments de ce futur projet à First Class. Malheureusement en Mars 2010, le réalisateur quitte la production pour se concentrer sur son adaptation du conte Jack, le tueur géant chez Warner. Ce dernier reste tout de même producteur sur X-Men : Le Commencement.

Apres son désistement lors de la production d'X-Men : L'Affrontement Final, le Britannique Matthew Vaughn est de nouveau approché par 20th Century Fox pour mettre-en-scène cet opus. Le réalisateur souhaite vouloir relancer la saga, à l'instar du Star Trek de J.J Abrahams. Thomas Rothman patron du studio, ayant toujours détesté les super-héros, semble un peu plus séduit par ce projet, certainement dû à son ambiance réaliste, situé dans les années 60, avec ce petit soupçon d'espionnage rappelant les James Bond de la période Sean Connery. L'agent secret de sa majesté est d'ailleurs l'une des sources d'inspirations du cinéaste, ce dernier n'hésitant pas à présenter Magnéto comme : "Un jeune Sean Connery. C'est l'espion ultime : Imaginez Bond mais avec des super-pouvoirs".



1944, dans un camp de concentration Allemand en Pologne, le docteur Schmith découvre des aptitudes extraordinaire sur un jeune enfant Juif captif, Erik Lehnsherr, celui-ci arrive à contrôler le métal. Quelques temps plus tard, lors d'une expérimentation ou le garçon doit utiliser ses pouvoirs sur une pièce de monnaie, ce dernier n'arrivant pas à faire bouger le maudit objet, le scientifique tue sous ses yeux sa mère, provocant ainsi sa colère et la destruction de tous les éléments métalliques se trouvant dans la pièce. Au même moment dans le comté de Westchester, Charles Xavier fait la connaissance de Raven, une métamorphe, qui c'est introduite chez lui, loin de la chasser, le garçon propose à la jeune fille de l'héberger. En 1962, Erik Lehnsherr devenu adulte, traque désormais son bourreau, l'ancien nazi se nomme maintenant Sebastian Shaw, un puissant homme d'affaire. Celui-ci tente de provoquer une guerre nucléaire entre les États-Unis et l'U.R.S.S. Pendant ce temps, À Oxford Charles Xavier, venant d'être promu professeur, collabore avec l'agent de la C.I.A, Moïra MacTaggert pour tenter d'empêcher ce futur cataclysme mondiale…

La franchise X-Men avait besoin de cet préquelle / reboot pour repartir sur des bases solides et sereine. Malgré la quasi-absence au générique de l'un de ses mutants phares Wolverine / Hugh Jackman, héros des quatre premiers long-métrages - Le comédien est ici limité à un simple caméo jouissif. Le succès commercial et critique d'X-Men : Le Commencement sera belle et bien au rendez vous, lors de sa sortie dans les salles obscures.

Avec les années 1960 et la crise des missiles de Cuba pour contexte, la saga redémarre de zéro pour renaître et retrouver une fraîcheur perdue, en étant plus fidèle à son matériau d'origine : Le comics-book. L'intelligence du récit consiste d'inclure les mutants à l'histoire avec un grand H. Ce choix historique n'est vraiment pas anodin, le parallèle s'établit immédiatement pour tout amateurs de la bande-dessinée, dans le premier numéro publié en septembre 1963, Magnéto tente de voler des missiles atomiques. N'oublions pas, les X-Men sont les enfants de l'atome et la menace atomique est souvent au coeur des intrigues aux début de leurs aventures. Cette publication pour la jeunesse à l'instar d'autres médias reflètent les réelles inquiétudes de son époque.

Comme Bryan Singer en son temps sur X-MenMatthew Vaughn ne reste pas à ce premier niveau de lecture marquant les prémisses de la saga papier. Le cinéaste s'oriente sur le thème de la mutation génétique, parfois vécue comme un fardeau par les mutants. Raven & Hank Mc Coy sont les symboles de cette différence, difficilement assumée. La persécution mutante est également effleurée à la fin, avec les deux flottes prêtes à s'unir pour détruire cette nouvelle menace, encore inconnu jusqu'à aujourd'hui. Ces thèmes devenant un sujet récurrent dans la bande-dessinée, avec comme point d'orgue l'album, "Dieu crée, l'homme détruit" de Chris Claremont, publié en 1982, l'une des sources d'inspirations de Bryan Singer pour ses deux films.

Illustration de Phil Noto.

Les scénaristes font le choix judicieux de réinventer la rencontre des deux personnages les plus intéressants, en dehors de Wolverine, à savoir Charles Xavier/ Le professeur X & Erik Lehnsherr / Magnéto. Cette amitié fût simplement évoquée en filigrane dans les comics-book. Les auteurs placent judicieusement cet événement en Octobre 1962, soit juste quelques mois avant la première apparition officielle des X-Men, et de la confrérie des mauvais mutants formées par Magnéto. Ils arrivent également à inscrire avec brio, ce film dans la mythologie de la saga, sans la trahir pour autant. Dès lors, peu importe que le Club des Damnés n'apparaît seulement en 1980 ou la composition de l'équipe d'origine ne soit pas respectée. Le Sebastian Shaw de Matthew Vaughn est bien plus ambitieux, intéressant et ambiguë que son homologue papier, un méchant assez secondaire chez les X-Men.

X-Men : Le commencement, apporte donc une lumière nouvelle sur le traitement de cette amitié et de leurs conflits, donnant ainsi une nouvelle dimension à la saga.



Leurs enfances sont complètement différentes. L'un étant issu d'une riche famille d'Angleterre, vivant dans un cocon, faisant ses études dans une université de renom, n'ayant jamais connu de réel malheur dans sa vie. On est également surpris de penser que le Professeur X n'était pas le vieux sage décrit dans les films précédentsIci, c'est tout le contraire, il est jeune, déterminé et dragueur, possédant un zeste de flegme Britannique.. Erik Lehnskerr, n'a pas eu la même chance, dans le camp de concentration en Pologne, où sa mère est exécutée sous ses yeux, l'enfant sera même torturé, pour en ressortir encore plus fort que jamais. Avec comme seule obsession, tuer son bourreau : le docteur Schmith, devenu depuis Sebastian Shaw. Ces deux enfances opposées vont forger ses deux adultes, ayant finalement un seul point commun : La mutation.

Enfin le mot "Fuck" prononcé dans un film de la saga X-Men.

Ces deux hommes autrefois amis que tout oppose ont des visions différentes sur ce monde. L'une, celle de Charles Xavier, plus optimiste croyant en l'être humain, et en cette co-existence pacifique de l'homme et des mutants. Et l'autre, plus sombre, ou Magnéto, à la volonté d'asseoir la suprématie de "ses frères mutants". Des convictions incompatibles symbolisées par deux groupes, les X-Men et la confrérie dont les affrontement feront les beaux jours du comics-book pendant presque trois décennies.

Le personnage le mieux écrit d'X-Men : Le commencement, reste certainement Magnéto. Erik Lehnskerr est vraiment charismatique volant la vedette aux autres personnages. Le spectateur a l'impression d'assister à X-Men Origins : Magnéto, on ressent vraiment que ce projet avorté à servit de base à l'intrigue.


Matthew Vaughn, a la brillante idée, de reprendre la scène d'introduction, du premier X-Men, tourné par Bryan Singer. Montrant les origines du mal de Magnéto, le cinéaste n'hésite pas à prolonger la séquence, en exposant la naissance de cette colère, de cette haine chez Erik Lehnsherr.

La mise-en-scène est maîtrisée, inventive comme la transformation du Fauve à la première personne. Les scènes d'actions s'équilibrent judicieusement avec des séquences plus intimistes. L'utilisation du split-sceen - Méthode très utilisée dans le cinéma des 60-70's - donne pour l'occasion un rendu très comics-book à l'image, notamment lors de l'apprentissage des jeunes mutants, permettant ainsi d'accentuer la simultanéité des événements, et de montrer à quel point Charles s'investit auprès des élèves.


X-Men : Le commencement est parfaitement rythmé, avec un zeste de tension : La séquence du pub en Argentine, la géniale partie en Russie ou encore ce climax final avec les armées des deux blocs se faisant face. Enfin saluons le fait, pour une fois, chacun des protagonistes parlent dans sa langue maternelle (Russe, Allemand…), ajoutant ainsi à la crédibilité de l'histoire.

L'une des grandes réussites reste sans doute sa reconstitution des années 60, rappelant Mad Men. Les couleurs, le design, la musique, les vêtements, tous ces différents éléments font replonger le spectateur dans cette période de prospérité ou la consommation était reine, l'âge d'or de la modernitéCe long-métrage à un véritable côté "James Bond" avec un cadre géopolitique tendu, ces femmes fatales, des infiltrations en territoire ennemi, et son méchant sorti tout droit du S.P.E.C.T.R.E. Cette esprit digne de l'espion Britannique, adhère totalement à cet atmosphère sixties, où la société mondiale vibre aux caprices des deux blocs, ces maîtres d'oeuvres des nombreuses crises durant la guerre froide.

Des hommages ou clins d'oeil au 7ème Art des sixties sont dissimulés dans X-Men : Le commencement : La salle souterraine de commandement stratégique, de par son architecture fait immédiatement penser au Dr Folamour de Stanley Kubrik. L'utilisation de quelques stock-shot - images d'archives - des 60's, pendant la séquence à Las Vegas, rappel l'une des aventures de James Bond - Encore lui ! - : Les diamants sont éternels. 

Outre un scénario solide respectant l'esprit original du comics, et une reconstitution minutieuse, s'ajoute d'excellent comédien. James McAvoy est parfait, l'incarnation même de l'humanisme, de la naïveté et de l'empathie de Charles Xavier, avec cette volonté de protéger l'humanité des mauvais mutants et d'éduquer ces jeunes surdoués pour les protéger d'eux même et du regard des autres. Michael Fassbender, apporte son charisme au futur Magnéto, Ian McKellen incarnait le chef de la confrérie d'une façon trop manichéenne avec un coté mégalomaniaque digne des comics-book. Erik Lehnsherr est certainement l'un des protagonistes les plus ambigu de la saga, cette ambivalence se ressent parfaitement dans la tragédie de son passé, ce mal "originel" est la cause de ses pouvoirs. Dans sa quête de vengeance, le spectateur découvre sa volonté que les siens, les mutants, ne soient plus jamais victime des brimades des humains. Une sorte de parallèle à l'envers entre l'antisémitisme et de la supériorité de l'Homo-superior est dépeint : Le sentiment d'infériorité de sa condition (être Juif) est transformé ici, en fierté (être mutant), Erik Lehnsherr développe donc une idéologie de "race pure". De la théorie de l'évolution de l'espèce humaine de Charles Xavier, il ne retient ce qui l'intéresse vraiment… Le milliardaire Sebastian Shaw, est interprété par le génial Kevin Bacon, grand méchant de l'histoire, ce dernier veut provoquer un hiver nucléaire d'où naîtra une nouvelle nation mutante. Sa relation avec Erik Lehnsherr, est digne des mythes populaires : Géniteur du monstre à la manière de Frankenstein. Avoir crée un passé commun à Charles et Raven, est une excellente idée, apportant une dimension, et de la profondeur à Mystique, superbement incarnée par Jennifer Lawrence. Son pouvoir de métamorphe, ses doutes et son instabilité physique et morale, rappel la période de l'adolescence. Signalons l'apparition de tête connu des cinéphiles comme Michael Ironside (Total Recall), James Remar (48 Hrs.) ou encore Ray Wise (Twin Peaks), même si leur présence à l'écran se limite juste à quelques répliques.

"I'm Magneto"
La composition d'Henry Jackman, s'accorde parfaitement à l'ambiance des sixties. La bande originale possède d'excellente mélodies, dont le thème de Magnéto.

Après son jouissif Kick Ass, Matthew Vaught signe une nouvelle réussite du genre. X-Men : Le commencement n'est pas une transposition de comics-book, mais une véritable adaptation intelligente, en reprenant les origines de la longue saga papier tout en respectant l'esprit. Le long-métrage est véritable réussite donc, redonnant ses lettres de noblesses à la franchise.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire