dimanche 31 janvier 2016

Oblivion (2013)

Après avoir signé le deuxième opus de Tron pour le compte de Walt Disney Company, Joseph Kosinki ancien protégé de David Fincher, fait preuve d'une ambition étonnante alors qu'on aurait pu le cataloguer rapidement de Yes-Man. Ainsi, le cinéaste tente d'adapter sur grand-écran son propre graphic-novel, jamais publié, Oblivion. Il décide de quitter l'écurie Disney après que la compagnie lui propose de faire un film de divertissement familial.

En 2077, après des décennies de guerre contre la terrible menace des "chacals" ayant pulvérisé la Lune, les humains ont quitté la Terre. Jack Harper vit avec Victoria dans une station au dessus des nuages et a pour mission de réparer et d'entretenir les drones présents à la surface, afin de protéger les stations chargées d'extraire de l'eau de mer. Un jour, témoin du crash d'un vaisseau spatial, le technicien décide de se rendre sur les lieux, et découvre les caissons de tout un équipage en biostasie. Parmi eux il trouve un caisson contenant une inconnue. À sa grande stupéfaction, notre homme a déjà vu cette inconnue dans ses rêves…

Cela pouvait déjà se voir plus ou moins dans Tron Legacy, mais Joseph Kosinki est un véritable amoureux de la Science-Fiction et des mythologies qui en découlent et cela se voit encore plus avec Oblivion. Le spectateur sent une réelle sincérité de conter un récit plus ambitieux que la moyenne… Une tentative intéressante de renouer avec de la Science-Fiction intelligente et populaire.

Foulant seul le sol de la Terre dévastée, Jack Harper a tout le temps de se remettre en question.
Le scénario parait original de prime abord, il se révèle au fur et à mesure du visionnage. Les humains cherchant à protéger leur planète, vont être soumis à une invasion extraterrestre qui va les pousser à détruire la Terre, par le feu nucléaire, pour mieux la sauvegarder. Sous-texte écologique intéressant où l'homme est prêt à sacrifier son habitat et ses ressources pour empêcher que l'envahisseur ne profite de ses richesses naturelles. Une fois la surface victime de taux de radiations trop élevé, les humains préfèrent s'exiler en hauteur, tout en cherchant à garder un oeil bienveillant sur leur planète bleue. L'être humain est rapidement esquissé : Prêt à détruire ce qu'il a de plus cher par amour et par fierté, mais aussi par égoïsme.

Le début d'Oblivion construit sa mythologie sur la référence biblique au couple qui doit s'unir pour permettre la vie sur Terre. Mais cette belle histoire d'amour est contrarié, à l'arriver de Julia. Un triangle amoureux fort intéressant se crée, quand il s'attarde sur la relation complexe entre Jack Harper & Victoria son binôme froid.

L'aspect clinique de la Tour procure un contraste saisissant avec l'abandon de la Terre.
La tête dans les nuages, rêvant d'un monde nouveau en se prenant pour des dieux, la nature humaine pêchent par excès de confiance. Et le message d'espoir distillé dans le scénario appartient beaucoup trop au monde du cliché éculé que de la réflexion profonde et aboutie. Si le début d'Oblivion nous amène à croire que l'expérience sera convaincante, on retombe rapidement dans le côté décomplexé et caricatural de la Science-Fiction Hollywoodienne et la déception est d'autant plus grande que le sujet semblait propice à un débat cinématographique de plusieurs thèmes prédominants dans l'inconscient collectif : La peur du nucléaire, le réchauffement climatique, la peur de l'étranger, les élites…

Ce long-métrage est rempli de mystères, se dévoilant au fur et à mesure de l'intrigue. La narration offre de jolies révélations. Des doutes s'installent rapidement dans nos esprits, mais difficile pour le spectateur de tout résoudre d'un seul coup. Dans cet univers post-apocalyptique, Jack Harper s'approche constamment de "la vérité" cachée. L'ennemi numéro un est le mensonge…

En invoquant les fantômes de film réussis plus ou moins récents (Moon, 2001 : L'odyssée de l'Espace, Total Recall), Oblivion possède des qualités évidentes, comme une mise en scène qui ne cède jamais aux modes actuelles du cinéma d'action, Tom Cruise croit à l'entreprise qu'il porte à bout de bras, mais aussi un univers qui fascine visuellement avec les magnifiques paysage d'Islande. Là où le genre post-apocalyptique donne souvent les mêmes idées reprises inlassablement, ici on a réellement la sensation de voir quelque chose d'inédit sur le plan visuel.

Une ambiance visuelle donc vraiment réussie, appuyée par une bande son très travaillée que ce soit pour les bruitages - le bruit des drôles a un côté inquiétant - ou la composition musicale. La bande originale de M83 est assez planante. Un véritable plaisir pour les oreilles ! Bien qu'elle est parfois un peu trop proche de celle composée par Daft Punk pour Tron Legacy.

Tom Cruise est parfait dans ce rôle sobre. Le comédien est particulièrement impressionnant dans sa capacité à effectuer ses propres cascades, ce qui renforce l'intégrité de son personnage. En connaissant l'intrigue on comprend mieux après le désarroi d'Olga Kurylenko (James Bond : Quantum of Solace) quand celle-ci se réveille sur la station chez ses hôtes. Et mention spéciale pour Andrea Riseborough (Birdman) d'une beauté diaphane, qui est juste parfaite.

Une belle petite brochette de comédien est présent mais pratiquement réduit au rôle de figurants. Nikolaj Coster-Waldau (Game of ThronesBlackthorn : La dernière chevauchée de Butch Cassidy), Zoe Bell (GrindHouse - Boulevard de la Mort) méritaient probablement mieux. Morgan Freeman ne crève pas l'écran, il occupe simplement et correctement sa tache.

Visuellement splendide, Oblivion est un très bon film de Science-Fiction. Sublimé par une mise en scène et une Production-Design exceptionnelle, nous éloignant des critères actuels du cinéma Hollywoodien. Malheureusement pour lui, il en faudra plus pour rallier à sa cause les amateurs avides de "message". Mais cette tentative de Joseph Kosinki est louable ! La beauté graphique de son oeuvre est l'arbre qui cache la forêt. Et celle-ci est dense et déjà habitée par de grand nom de la littérature et du cinéma de genre.

samedi 30 janvier 2016

Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge (2010)


Depuis quelques années Warner Bros Animation propose annuellement des Direct-To-Video - en France - originaux ou des adaptations de célèbre comics-book comme The Dark Knight Returns, Batman : Année Un ou Killing Joke. Ces œuvres sont destinées à un public adulte, la classification aux États-Unis est PG-13.

Ce long-métrage est produit par Bruce Timm, l'homme à tout faire sur la série télévisée des années 90, Batman : The Animated Serie. Cette itération de Batman est une adaptation de l'album Un deuil dans la Famille et sa suite, Sous le Masque publié en 2005. L'intrigue est écrite par Judd Winick, scénariste chez D.C comics, connu pour Catwoman - La Règle du Jeu & La Maison de Poupées (disponible chez Urban Comics). L'écrivain revient donc cinq ans après avoir écrit la bande-dessinée d'origine dans une nouvelle version ne faisant référence ni à Infinitive Crisis, ni à Batman : Hush.


Inspiré par la référence à la mort d'un certain Jason, dans Dark Knight Returns de Frank Miller, D.C Comics  laisse le choix de la fin à ses lecteurs : Jason Todd le second Robin (Dick Grayson étant devenu NightWing) ne plaisait pas aux lecteurs de Batman en 1988. La maison d'édition décide alors de donner le choix à son public en votant par téléphone. "Robin doit-il vivre ou mourir ?" Avec près de 10 000 votes, la réponse est unanime : Ils ne veulent plus de l'adolescent en collant vert et rouge et décident de le tuer de la main du Joker... Cette histoire dépeint un Batman violent et plus sombre. Tout le récit est racontée du point de vue du Caped-Crusader. 

Quant à l'animation, celle-ci est confiée à Answer Studio, jeune société fondé en 2004 sur les anciennes ruines de Walt Disney Animation Studio Japan Cette branche Asiatique de "la souris aux grandes oreilles" avait travaillée sur de nombreuses œuvres comme les séries télévisées de Gargoyles, d'Aladdin, le film d'animation Les Aventures de Tigrou ou le Direct-To-Video Les 101 Dalmatiens 2… Les longs-métrages prévus pour sortir directement en vidéo étaient réalisés conjointement par les studios Australiens et Japonais avec une répartition des taches selon leurs spécialités, celle de la branche Nippone était les scènes d'actions et de mouvements. Mais lorsque que la maison mère de Walt Disney Company décide de fermer ses branches à l'étranger, les animateurs décident alors de devenir indépendant, et de devenir un sous-traitant pour d'autres sociétés ! Answer Studio a notamment participé à des séries d'Animes (Golgo 13, Kill La Kill, Eden of East, L'Attaque des Titans) ou des longs-métrages (Miss Hokusai, Piano Forest…) Japonais. Cette jeune société répond également aux différents appels d'offres internationales comme pour Transformers : Animated ou Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge. 


Le Joker a capturé Jason Todd alias Robin, l'allié de Batman. le psychopathe le torture jusqu'à ce que notre héros masqué arrive pour sauver son apprenti. Le sauvetage n'aura malheureusement pas lieux, une fois sur place le bâtiment explose… Cinq ans plus tard dans la mégapole de Gotham City, un mystérieux homme connu sous le nom de Red Hood prend le commandement du commerce de la drogue, en assurant aux huit chefs éminent de sa protection contre Batman et Black Mask, le parrain de la pègre.

Dès le début, Batman & Red Hood : Sous le Masque Rouge annonce sa couleur ! Nous découvrons ce pauvre Robin se faire démonter par un Joker assoiffé de sang. Le ton est donc donné : Ce n'est pas une énième adaptation de Batman en dessin-animé que nous avons là mais bien une production interdit au moins de 13 ans (PG-13) dont son intrigue à l'ambiance matures posséde une violence savamment dosée et efficace... parfois même dérangeante - Pourtant on ne voit pas de sang.

Certainement l'un des films d'animation les plus noirs et les plus violents jamais réalisé sur l'univers du Caped-Crusader, proche de The Dark Knight Returns. Le trio composé par Batman, Red Hood & Le Joker porte toute la tragédie de cette œuvre, qui culmine lors d'un final sensationnel.

Une partie de l'intrigue consiste en une enquête de notre Dark Knight pour comprendre jusqu'à quel point il s'est fait manipuler cinq ans auparavant… Ce drame dans lequel il est pleinement impliqué émotionnellement, culpabilisant de n'avoir su empêcher cette tragédie. D'ailleurs Batman & Red Hood : Sous le Masque Rouge incorpore des sujets d'actualités contemporains comme la Guerre de Bosnie-Herzégovine dans les années 90, Bruce Wayne déclare le décès de Jason Todd suite à un bombardement à Sarajevo.

Cette mort pèse pour le Caped-Crusader, qui garde le costume de son protégé dans sa Bat-Cave. 

Batman & Red Hood sont les deux faces du même pièce - Métaphore qui plairait à Harvey Dent -, un même combat mené par deux préceptes moraux ou non, et c'est cette différence qui se creuse de plus en plus durant l’œuvre. Mais au-delà des divergences idéologiques, ce contexte force notre héros à faire des conséquences de ses actes passées lorsqu'il réalise que Le Joker et lui sont responsables de la création d'un monstre instable. Et l’arrêter risque d'être bien plus périlleux et difficile que tout ce qu'il a connu jusqu'à présent car Red Hood est vraiment un autre Batman, tout aussi efficace et compétent que le vrai, mais plus dangereux…


Le passé de Jason Todd en Robin donne lieu à quelques flashback qui montrent une évolution intéressante, d'un side-kick blagueur et insouciant à un jeune homme violent dont Batman n'arrive plus a canalisé sa hargne. Quant au Joker, il est plus cinglé et anarchique que jamais, rappelant aussi bien l’interprétation de Heath Ledger que de Mark Hamill / Pierre Hatet. Aussi terrifiant que drôle, c'est un personnage à différentes facettes, totalement imprévisibles, et Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge le met superbement en valeur son instabilité mentale, sans pour autant en faire des tonnes ! Ce Direct-To-Video se veut réaliste.

Ce métrage nous amène également "une origine" possible du Joker en prime, certes il y en a de nombreuses, les différents auteurs au fils du temps ont même parfois fait dire à notre psychopathe plusieurs de ses histoires qu'il ne sait plus le vrai du faux. Le fameux passage fera immédiatement réagir les amateurs de l'univers de Batman… D'autant que cette "origine" est la plus communément admise et utilisée, c'est aussi celle-ci que raconte Le Joker au Docteur Strange dans les enregistrements audio des patients dans le jeu-vidéo Batman : Arkham City

Outre ce trio de tête, nous retrouvons NightWing passant son temps à balancer des vannes et faire des cabrioles, Black Mask le mafieux n'est pas effrayant. Mais surtout Ra'as Al Ghul est l'un des éléments clef de ce récit. A noter la présence en forme de clin d'oeil de Thalia Al'Ghul, prés de son père dans un plan lors de la résurrection dans la fontaine de Lazare, du Sphinx - Egnima (doublé par Bruce Timm) et du commissaire Gordon.


La narration est efficace, évitant d’être trop verbeux ; les thématiques présentes (la culpabilité de Batman, l'impuissance d'Alfred les motivations de Red Hood) sont parfaitement mis en valeur et participent à faire monter la tension dans les dernières vingt minutes. Le réalisateur, Brandon Vietti, avait déjà largement fait ses preuves sur plusieurs séries animées de D.C Comics. Mais sur Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge notre homme s'est littéralement surpassé : Sa mise en scène est sublime, très rythmée et pleine de tension. Il signe là l'un des meilleurs long-métrage de la licence et de D.C Comics depuis Batman contre le Fantôme Masqué de 1993. Le générique d'ouverture et de fin, est un véritable parti-pris visuel en simili-prise de vue réelles, à la limite expérimentale, tout en mettant d'entrée de jeu l'ambiance : Un film sombre à l'état brute. 

De plus, ce métrage bénéficie de la présence de comédiens qui jouent de façon très convaincante : Ainsi, Si John DiMaggio est toujours aussi génial en Joker, Neil Patrick Harris (Barney Stinson de How I Met Your Mother) est plutôt bon en NightWish vanneur, Jason Isaacs (Lucius Malefoy d'Harry Potter) son timbre colle bien à la profondeur de Ra'as al Ghul et Jason Ackles est vraiment convaincant en Red Hood cherchant à se venger. 

Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge, est une magnifique tragédie. Une œuvre qui a su saisir le mieux l'essence du personnage, se focalisant sur des événements peu connus du grand-public mais tout aussi traumatisants que le meurtre de Crime Alley. Une alternative bienvenue contribuant à enrichir encore l'univers et la légende de Batman.

jeudi 21 janvier 2016

Le Solitaire - Director's Cut (1981)

Au milieu des années soixante, Michael Mann part s'installer à Londres pour étudier le cinéma au London International Film School. Une fois son diplôme en poche, il part travailler dans une agence de publicité comme ses contemporains Alan Parker, Ridley Scott & Adrian Lyne.

En 1968, le jeune cinéaste tourne des séquences de la révolte étudiante de Mai 68 pour le documentaire Insurrection, un programme diffusé pour "NBC First Tuesday". Cette expérience lui sert pour son court-métrage Jampuri qui remporte le Prix du Jury du Festival de Cannes en 1970.

De retour aux États-Unis. Après avoir divorcé de sa première femme en 1971, ce natif de Chigaco signe un documentaire retraçant un road Trip, 17 Days down the line... Trois ans plus tardMichael Mann commence sa carrière comme scénariste de séries télévisées grâce au vétéran Robert Lewin (Hawai, Police d'état), ce doyen lui donne des cours accélérés sur l'écriture et la structure du récit. Il met en application cette méthodologie sur quatre épisodes de Starky & Hutch. Particulièrement intéressé par ce média, il crée en 1978 pour l'occasion Vega$ produite par le pape de la télévision Américaine, Aaron Spelling. L'histoire d'un détective privé parcourant les rues de "la ville du péché"... Dans les années 80, Michael Mann participe comme producteur-exécutif et showrunner des séries Police Story racontant la vie d'un ex-flic devenu romancier et surtout Miami Vice - Deux Flics à Miami en 1984. Ces deux oeuvres sont produites par sa société de production Michael Mann Productions - tout simplement.

Son influence sur Deux Flics à Miami se ressent énormément en termes de style. Connu pour sa recherche du réalisme, Michael Mann se sert de cette série comme d'un laboratoire qui deviendra sa marque de fabrique. Chaque épisode est filmé à la manière d'un clip vidéo, la musique omniprésente rythme les séquences d'actions et la direction de la photographie est également marqué par l'empreinte de son showrunner... Cette oeuvre est réalisée en se basant sur les codes du cinéma.

Michael Mann & James Caan sur le tournage du Solitaire

Comme Steven Spielberg, ses débuts de réalisateur se font à la télévision. Après avoir signé en 1977 le sixième épisode de la quatrième - et dernière - saison du feuilleton Sergent Anderson, exercice formaté qu'il réussi. Michael Mann revient à la réalisation deux ans plus tard avec le téléfilm Comme un homme libre

"Dustin Hoffman voulait faire Le Récidiviste adaptation du roman d'Edward Bunker "Aucune bête aussi féroce" qui est probablement le meilleur roman de prison de toute la littérature Américaine. Bunker était à la prison de Folsom quand il a commencé à l'écrire. Et j'ai réécrit le scénario pour Dustin, pour qu'il dirige le film. Sauf que Dustin a vite réalisé qu'il ne pouvait pas jouer dans le film et le mettre en scène en même temps. Mais il a commencé tourner à Folsom, et c'est ce qui m'a introduit dans l'endroit. À l'époque j'écrivais pour la télévision, mais j'avais décidé que je ne voulais plus être que réalisateur. ABC voulait me donner un "Movie-of-the-Week" Parmi les projets proposés le script de "Comme un homme libre" m'est tombé dans les mains, et j'ai immédiatement changé le cadre".

À la même période le cinéaste développe un projet personnel en parallèle, Le Solitaire.

Le titre original est Thief - Violent Streets.
Adaptation du roman noir à succès de l' ex-cambrioleur de bijoux Frank Hohimer (De son vrai nom Allen Seybold), The Home Invaders, écrit en 1975 comme le manifeste du parfait cambrioleur. Le réalisateur va en faire une tragédie, sur un homme qui n'a rien connu d'autre que la prison, et qui, une fois dehors, a décidé "d'avoir une vie" tout en faisant ce qui fait de mieux : Les casses.

Toujours à la recherche de la perfection Michael Mann s'entoure de policiers (Chuck Adamson ou Dennis Farina) et d'anciens casseurs, anciens forceurs de coffre, Bill Brown & John Santucci, comme conseillers sur son plateau. Les propres outils de ce dernier (la barre, le by-pass) seront d'ailleurs utilisés par James Caan. Pour l'écriture de Frank, le cinéaste se base sur les talents, le maniérisme, l'attitude et le langage de John Santucci.

Produit par Jerry Bruckheimer, Le Solitaire sera en compétition au Festival de Cannes en 1981.

Après onze ans passés derrière les murs d'une Prison, Frank, un talentueux voleur de bijoux pactise avec un caïd sans foi ni loi. Il décide avec son ami Jessie de se lancer dans un dernier grand coup avant de se ranger pour de bon, pour accomplir son rêve, fonder une famille…

La magnifique scène du "pêcheur" incarné par le Bluesman Willie Dixon dans la version
Director's Cut.
Classique indéboulonnable du genre, Le solitaire s'avère être une des pièces maîtresses de la filmographie de Michael Mann, sorte de matrice de tout son cinéma à venir. Ses inspirations sont d'ailleurs visibles, par la suite il s'inventera vraiment son univers mais ici on ressent l'influence pour deux réalisateurs qu'il admire à savoir Jean-Pierre Melville & Sam Peckinpah - On peut y déceler Don Siegel avec ce personnage de truand indépendant.

Le Solitaire est un Casper-Movie - Film de casse - et de vengeance, rien d'autre, un bon gros polar noir aux sonorités eighties bien marquées. Le cinéaste ne s'encombre pas avec une intrigue torturée et préfère se focaliser complètement sur son personnage principal afin de donner du crédit et de l'intensité aux événements qu'il met en scène. Armé de l'ultra charismatique James Caan, il présente dans son film un cambrioleur hors pair, ex-taulard ayant perdu onze ans de sa vie entre quatre murs en quête d'une vie de famille teintée d'amour et de banalité. Il s'embarque dans un dernier coup, histoire de partir serein et focalisé uniquement sur le bonheur des siens.


Ses aspirations et envies. Un petit coin de paradis, une femme, un enfant et de quoi se la couler douce sans excès jusqu'à la fin de ses jours. Rien de plus. La folie des grandeurs n'a pas lieu d'être dans l'esprit de Frank. Comme l'atteste le montage photo qu'il s'est confectionné et qu'il garde constamment dans son portefeuille. Un moyen mémo-technique de garder les pieds sur terre et de ne jamais déroger à cette ligne de conduite. Une sorte de carte postale de la vie idéale qu'on retrouve sous forme de clin d'oeil derrière le pare soleil du taxi de Jamie Foxx dans Collateral, lequel aspire lui aussi à une meilleure condition. 

La figure paternel est incarnée en Okla - Willie Nelson - et le caïd local, l'une positive et l'autre néfaste. Le premier met Frank sur la voie d'un avenir autre que la criminalité, le deuxième lui fait miroiter l'accomplissement de son rêve pour mieux le manipuler et le soumettre - La bonhomie menaçante et le ton paternel de Robert Prosky font merveille.

Scénaristiquement, Le Solitaire se construit en deux blocs alternant l'aspect "polar" et l'aspect "vie privée", Michael Mann cherche toujours à montrer dans les deux cas de figures un personnage principal qui a le contrôle sur tout à cause d'un métier qui ne pardonne pas les approximations. Un détail qui peut faire sourire mais fait toute la différence, la façon dont Frank manipule son arme de poing dès la première séquence où il s'en sert, on sent un gars chevronné qui n'en est pas à son coup d'essai. Ce mode de vie à pour conséquence de rendre tout engagement relationnel compliqué.

Ce juste équilibre dans l'écriture rend les personnages vraiment attachants, ils ne font jamais "tâche" avec le reste, au contraire, j'ai même tendance à penser que le grand final ne serait pas aussi fort s'il n'y avait pas ce dernier dialogue entre James Caan & Tuesday Weld où les "thèmes Manniens" nous explosent à la figure avec ces professionnels du crime condamnés à contre-coeur à la solitude. La dernière séquence peut être comparé à un pur passage de western, qui tient autant de Sam Peckinpah (les ralentis, les morts violentes - Celle de James Belushi est bien graphique), Sergio Leone (le coté posé des gestes de Frank accouplé à un usage très audible de la musique) et du Western Classique avec ce plan de grue final où James Caan marche au loin dans la nuit tel un "Lonesome Cowboy", Michael Mann ne pouvait pas mieux finir son oeuvre.
L'un des tours de force du Solitaire est cette introduction silencieuse qui tutoie les sommets. C'est bien simple les trente premières minutes sont tout simplement parfaites. Une ruelle sombre, les premiers accords atmosphériques puis soudainement électrique de Tangerine Dream, le spectateur est captivé par ce casse contemplatif… Nous sommes plongés dans le bain. Frank, véritable pro du perçage de coffre-fort est déjà en action dans un exercice de haut vol. Un vrai combat face à une bête de métal qui prend une tournure épique lorsque celle-ci daigne enfin céder et révéler son contenu… Le cinéma de Jean-Pierre Melville est l'une des influences majeures, Michael Mann est sans aucun doute un amoureux du Cercle Rouge

Le rapport urbain est déjà présent dans Le Solitaire, élément essentiel des oeuvres du cinéaste. Chicago - personnage à part entière - est joliment sophistiquées, évoluant la plupart du temps dans des nuits éminemment "Manienne" - Existe-t-il quelqu'un filmant l'urbanité nocturne aussi bien que Michael Mann ?!.

James Caan bouffe littéralement la pellicule ne dérogeant ainsi pas à la règle, il est magnétique, certainement l'un de ses meilleurs rôles. Incarnant un voleur "tough guy" - dur à cuire - vivant dans son monde, amoureux maladroit (Sa déclaration d'amour est un grand moment, Frank ne sait pas exprimer ses véritables sentiments) et peut-être détestable en affichant sa réussite aux yeux de tout le monde. Mais son intégrité morale lui dicte ses choix, l'anti-héros dans toute sa splendeur. Le comédien avoue sur Michael Mann, rétrospectivement, de retrouver quelque chose du caractère "obsessionnel et compulsif" de Frank.

James Belushi est là pour le seconder, Robert Prosky (Christine) est excellent en parrain local. On peut apercevoir William L. Petersen (Police Federale Los Angeles) qui à un petit rôle et Dennis Farina (Midnight Run) en porte flingue.

Coup de maitre donc pour ce qui est un coup d'essai, Le Solitaire, reste sans conteste l'un des polars les plus marquants de la décennie eighties, ce n'est pas pour rien si son esthétisme fait encore des émules de nos jours, impossible de ne pas citer Drive de Nicolas Winding Refn qui reste le plus bel hommage que l'on pouvait faire à ce grand film.