dimanche 22 juin 2014

Speed Racer (2008)

Après le succès mondial de la trilogie Matrix, cinq années se sont écoulées, Andy & Lana Wachowski reviennent à la réalisation en décidant d'adapter, l'un des mangas & animes culte du studio Tatsunoko : Speed Racer

De son vrai nom, Mach GoGoGo ur l'archipel Nippon, Speed Racer est une oeuvre créée par Tatsuo Yoshida, publiée en 1966 chez Shûeisha. Ce nouveau manga reprend des éléments d'une de ses anciennes publications datant de 1960, Pilot Ace. Le lecteur suivait alors les aventures d'un jeune homme ambitieux qui devient coureur professionnel.

En 1962 le mangaka fonde avec ses deux frères, Toyoharu Yoshida - Connu sous son nom de plume, Ippei Kuri - & Kenji Yoshida, le célèbre studio d'animation Tatsunoko. Cette jeune société, sera l'une des pionniers dans le paysage audiovisuel Nippon, avec des animés comme Gatchaman - La bataille des planètes -, Judo Boy, Casshern, Polymar ou Time Bokan.


Pilot Ace de
Tatsuo Yoshida.
Quant à Speed Racer la série de cinquante deux épisodes est diffusé le 2 Avril 1967 à la télévision Japonaise, il s'agit alors de la première production en couleur de l'entreprise. C'est le scénariste Jinzô Toriumi qui participe à l'élaboration des vingt-huit épisodes et quinze autres en tant que co-scénariste, cet auteur est connu pour avoir travaillé sur Astro Boy - Tetsuwan Atom. Durant la production de la série Tatsuo Yoshida, aurait été inspiré par deux long-métrages Américains : Viva Las Vegas, un film musical avec Elvis Presley, la couleur blanche de la "Mach 5" - La voiture - est un hommage au costume blanc du chanteur. Quant au deuxième films, il s'agit de James Bond : Goldfinger, la fameuse Aston Martin de l'agent 007 est truffée de gadgets comme le bolide de Mifune. D'ailleurs son nom  provient du célèbre acteur fétiche d'Akira Kurosawa : Toshiro Mifune - Les sept samouraïs, Rashomon, le garde du corps

Speed Racer connait un immense succès au Japon, avant d'être exporté rapidement aux États-Unis, sa diffusion débute à l'automne 1967, soit quelques mois seulement après sa programmation sur l'archipel Nippon. Suite à un engouement important en Amérique, Hollywood songe à adapter la série dans les années 90. Dès 1992, Warner Bros prend une option sur les droits en vue de produire un long-métrage avec Silver Pictures, la société de production de Joel Silver connu pour L'Arme Fatale, Commando ou la trilogie Matrix.

Layout de la série Speed Racer.
















Couverture du manga original de
Mach GoGoGo, alias Speed Racer.
Plusieurs comédiens et réalisateurs sont approchés, en Octobre 1994 la production offre le rôle de Racer X au chanteur Henry RollinsQuand à Johnny Depp, l'acteur est rattaché au projet en Juin 1995 avec à la clef un tournage pour Octobre dans l'Arizona et en Californie, mais celui-ci demande à repousser la production pour des raisons personnelles. En raison d'un budget trop important Julien Temple, cinéaste venant du monde du documentaire musical, quitte alors la production de Speed Racer en Août, Johnny Depp sans metteur-en-scène abandonne ce projet. Gus Van Sant est alors envisagé par Warner Bros pour réaliser ce film mais l'adaptation s'enlise à nouveau au fil des ans… En Décembre 1997, Alfonso Cuarõn est engagé par la production avant de jeter l'éponge. Plusieurs personnes se sont succédées pour à la réécriture du scénario de Marc Levin (Slam, Blowblack) à Jennifer Flackett (Beverly Hills 90210) en passant par J.J Abrahams et Patrick Read Johnson (Angus, 5-25-77 & Spaced Invader).

En Septembre 2000, Warner Bros et la productrice de la saga X-Men, Lauren Shuler Donner, relancent ce projet en embauchant le scénariste et réalisateur, Hype Williams. Le studio engage en Octobre 2001, deux nouveaux auteurs Christian Gudegast & Paul Scheuring - Le duo a travaillé sur Un homme à part avec Vin Diesel - pour élaborer un énième script, finalement leur récit ne sera pas validé. La production de Speed Racer stagne jusqu'en Juin 2004, le comédien Vince Vaughn tente alors de réanimer ce long-métrage. L'acteur, cinéaste et producteur exécutif s'octroie le rôle du mystérieux Racer X, mais finalement ce dernier est détaché par le studio. Apres des multitudes de propositions hasardeuses, Warner Bros, choisi en Octobre 2006, Andy & Lana Wachowski pour écrire et réaliser ce projet. Ils retrouvent une nouvelle fois le producteur Joel Silver, après Matrix & V pour Vendetta.


Né pour la course au sein d'une famille de pilote, Speed Racer est un jeune prodige du sport automobile. Après une victoire haut la main, le garçon rencontre M. Royalton, président-directeur général corrompu des industries portant son nom. Mais très vite Speed découvre un univers sombre dans ce sport qu'il aime tant… Quelques jours après ce rendez-vous, la famille de Racer est contactée par l'inspecteur Détecteur et l'énigmatique pilote masqué Racer X, ces derniers, demande au jeune homme de collaborer avec les autorités afin de mettre un terme à la corruption dans le monde automobile. Leur idée : Participer au Crubible, un dangereux rallye automobile qui a coûté la vie au frère aînée de Speed, Rex.

Délire absolument dingue et incompris des Wachowski, Speed Racer peut être facilement rejeté par certains spectateurs par son aspect flashy, fou et à base de néons, une véritable oeuvre totalement psychédélique et épileptique mettant à mal tous les codes du film familial Américain à très gros budget… Bref absolument jouissif.

Avec ce nouveau projet et après la trilogie Matrix, Andy & Lana Wachowski continuent dans le Blockbuster sans jamais tomber dans le déjà-vu. Bound, était un premier film qui tentait plein de nouvelles choses - sur le fond notamment -, une véritable oeuvre formellement inattaquable, le 1er Matrix signé d'un certain point de vu le renouveau du film noir, et la révolution du cinéma de science-fiction, un vrai mélange de Culture-Pop… 
Quant à Speed Racer, c'est un OVNI, voir un OFNI (Objet Fou Non Identifié), une oeuvre cinématographique barrée, à savourer comme un drame familiale, qu'une comédie, possédant un cocktail entre : Le jeu-vidéo, la science-fiction, le kung-fu, la course automobile, un humour décalé à souhait et reprend également les codes du manga, son matériaux d'origine. Comme je le disais, ce long-métrage peut-être dérangeant par son aspect volontairement kitsch, mais il épouse néanmoins la véritable idée d'un divertissement ne se prenant pas du tout au sérieux dans la majeur partie de son intrigue.



Les Wachowski envoient une sorte de private-joke aux producteurs d'Hollywoodien et à toute l'industrie du cinéma en général. Elle qui est tenue par l'argent, les sponsors ou autres mécènes mercantiles - Producteurs et distributeurs - et dont finalement ce 7ème Art est bien le dernier de leur soucis, car c'est les dollars accumulés lors des premiers week-end aux États-Unis qui les intéressent. Dans ce long-métrage, ce sont les sponsors qui financent, protège et couve leurs poulains, quant à la place réservée à l'amour de la conduite et des courses, elle est finalement plutôt mince. Le message de Speed Racer est assez clair : À mort les tricheurs !, - Le dernier plan du film.

Ce long-métrage est certainement le plus personnel dans la filmographie des Wachowski. Dans le flashback de Racer X, comment ne pas y voir une métaphore de Larry afin de devenir cette femme Lana, ainsi de changer de vie, de visage. Le rapport au frère doit évidemment beaucoup à l'expérience familiale des frangins eux-même. Dans le film, le duo nous fait bien comprendre que Rex et Speed conduisent en binôme d'une manière parfaite sans avoir à se parler et c'est pareil pour les Wachowski dans la vraie vie. Dans chacune de leur rare entretien, ils disent qu'ils n'ont jamais besoin de se parler sur un plateau de tournage, ils ne se disputent jamais sur une idée, une scène ou un plan, ils fonctionnent instinctivement en parfaite complémentarité. Les thématiques habituelles des deux cinéastes sont bien là : Le désir d'un homme plus puissant que sa destinée l'avait prédestiné, la critique du monde capitaliste, de l'argent, l'apologie des classes moyennes et de la famille soudée autour d'un même amour pour l'indépendance. On peut y voir une autre critique de l'industrie du cinéma, qui peut-être vu comme un perte de liberté lorsque l'on signe avec ces grandes compagnies, celle-ci couvent leurs poulains mais derrière ils leurs doivent obéissance, les deux réalisateurs sont connus pour leur désir d'indépendance et de liberté dans leur travail.

Techniquement, c'est fabuleux du début à la fin, mention spéciale au quinze minutes d'introduction qui nous en mettent plein la rétine à tous les niveaux. Andy & Lana Wachowski s'amusent comme des petits fous, et comme dans leur habitude, le duo fraternel tente une nouvelle fois de révolutionner leur art en s'émancipant. Bénéficiant d'un rythme effréné avec les multiples courses toutes les plus accrochantes les une que les autres, sans temps mort. Speed Racer à des idées de mise-en-scène par dizaines : De l'excellente narration, au background des personnages via les quelques flashbacks très bien insérés, sans oublier les dialogues intelligemment montés afin d'éviter les champs contrechamps typiques, digne d'un mauvais soap-opéra. Les différents fondus et raccords à l'aspect graphiques très travaillés font bien évidemment penser aux matériaux d'origine : L'animation Japonaise et les mangas. Le tout avec un véritable respect pour ces deux médias.


Quelques clins d'oeil à la culture populaire sont dissimulés tout le long de ce film, Star Wars - La Guerre des Etoiles notamment mais également une parodie décalée et hilarante de Ken le survivant - Hokuto no Ken.

Du coté des comédiens, c'est impeccable. Emile Hirsch, fait un sans faute, et gomme les nombreux à priori négatifs au départ pour le rôle de Speed. Quant à John Goodman, en bon père de famille, le comédien est égal à lui-même, bénéficiant de moments plutôt fun - "Les NonJas". Susan Sarandon en ménagère est finalement peu en retrait, certainement dû à son rôle. L'éternelle adolescente, Christina Ricci est vraiment sensuelle et craquante en Trexie, petite amie du héros. Les seconds couteaux sont très biens, Matthew Fox est classe en Racer X, ce fameux personnage mystérieux et Roger Allan (V pour Vendetta, RKO 281 : La bataille de Citizen Kane) est un hypocrite machiavélique. À Noter tout de même, la présence du Japonais Hiroyuki Sanada (X-Men : Le combat de l'immortel, SanKuKai), et une mention spéciale à Melvil Poupaud (Lucky Luke, L'autre monde) en commentateur du rally avec son fameux "Putain ta mère". Même le rejeton Racer et son compagnon singe, insuffle de l'humour potache et limite subversif parfois (les gros mots, les fuck…). 

L'idée du "ghost" comme dans les jeux-vidéo. 

Le compositeur Michael Giacchino reprend le générique de la série Tatsunoko, en l'adaptant sur plusieurs thèmes musicaux, une véritable réussite.

Long-métrage largement méconnu et boudé car trop "spécial", Speed Racer est certainement trop en avance sur son temps. Ce rejet est compréhensible, son univers, son style et son concept sont difficilement abordable et surtout sujet à tellement de préjugés. Mais ce film sur fond-vert enterre les Star Wars et autre Blockbusters, et prend en dérision pas mal de sources culturelles pour en faire un OVNI fascinant, pouvant donner la gerbe à certains, mais qui a le mérite de raconter une histoire, amuser divertir et toucher, tout en respectant les matériaux d'origines. Un festival multicolore aux multiples influences et aux courses automobiles ahurissantes… Speed Racer reste encore à ce jour l'une des meilleures adaptations mangas & animes !!  

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