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dimanche 13 mars 2016

Soleil Levant (1993)


Michael Crichton est certainement l'un des romanciers contemporains les plus adaptés par l’industrie cinématographique Américaine, du Jurassic Park de Steven Spielberg à Harcèlement ou Sphère de Barry Levinson. Cet auteur est aussi connu pour être un producteur tyrannique (Le 13ème Guerriers) ou bien encore cinéaste à ses heures perdues (Mondwest - Westworld, La Grande Attaque du Train d'Or). Ici, notre homme ne tient heureusement aucun rôle dans ce projet que celui de romancier… Michael Backes & Michael Crichton ont quitté la production de Soleil Levant, car ces deux hommes s’opposaient à ce que le personnages du lieutenant Webster Smith soit transformé en un Afro-Américain.

Si nous ajoutons à l’équation la présence du réalisateur confirmé Philip Kaufman, à qui nous devons L'Etoffe des Héros, et une brochette d’acteurs à gueule, cela ne peut pas être mauvais ?


À Los Angeles, pendant une réception dans les bureaux américains d'une société japonaise, une escort-girl professionnelle est retrouvée morte, apparemment à la suite d'une rencontre sexuelle violente. Un jeune détective et un ancien capitaine de police et expert en affaires japonaises, sont envoyés pour enquêter. Pendant l'enquête initiale, le  novice Webster Smith soutient que la preuve indique une rencontre sexuelle suivie d'un meurtre, mais son ainé John Connor insiste pour dire qu'il y a eu une plus grande implication de la société et que les apparences sont trompeuses. Après une enquête éprouvante, l'ancien capitaine de police reçoit un disque numérique contenant la vidéo de surveillance de la nuit de l'assassinat. Elle s’avèrera par la suite être une vidéo numériquement truquée du véritable assassinat…

Voici un polar représentatif des années 90 : Une touche de technologie "Hi-tech", un soupçon d'érotisme, et quelques scènes d'action… L'aspect Buddy movie est ici omniprésent, centré sur un tandem antagoniste, d'un côté le jeune afro-américain Webster Smith incarne la culture occidentale, policier à la cool et pas très réfléchie et de l'autre le vétéran John Connor, rompu aux us et coutumes orientaux, appréciant le calme et la pondération japonaise.

Quant aux cotés érotiques, Soleil Levant est sorti un an après le sulfureux Basic Instinct de Paul Verhoeven, et ça se ressent : Le côté pervers du crime et l’érotisme général ambiant sont particulièrement mis en avant. Après le succès inattendu de l'oeuvre "diabolique" de l'Hollandais Violent, Hollywood s'en presse d'adapter une vague de thriller érotique comme en 1994 avec Harcèlement roman éponyme de Michael Crichton.

Quant aux rapports entre la culture Japonaise & Américaine - Le seul choc que le personnage John Connor appréhende. L'un des véritables problèmes, Soleil Levant est tellement explicatif et détaillé par moments (la forme juridique Kabushiki kaisha, notion sempai & kôhai…), qu'on a l'impression que le scénariste a fait un stage au Japon en bon petit élève, pris plein de petites notes et a rédigé un manuel : "Faire des affaires au Japon pour les Nuls". Nous sommes loin du Yakuza de Paul Schrader & Sydney Pollack où il est possible d'allier la culture du Film Noir Américain et le Yakuza Eiga en évitant de tomber dans les stéréotypes ou autres caricatures.

L’enquête sur cet assassinat n’est finalement qu’un maigre prétexte pour faire du “Japan Bashing” primaire et systématique. On apprend alors que les Japonais sont racistes, arrogants, vicieux, impitoyables et en affaires, n’hésitent pas à recourir à des méthodes peu loyales. Et cela est d’autant plus compréhensible qu’à la fin des années 80, le miracle Japonais était à son apogée, tandis que l’économie des États-Unis battait de l’aile. Soleil Levant est donc une transcription de la peur des Américains qui voient leurs premiers concurrents Nippons arrivés sur les marchés mondiaux !. La firme Japonaise Nakamoto Corporation entre en pourparler pour posséder une société de la Silicon Valley, MicroCon, mais le sénateur John Morton s'y oppose fortement… 

Cette peur est également l'un des symptômes des studios Hollywoodiens dans les années 90, ces gardes-barrière font un combat anti-Japonais depuis le rachat en 1989 de Columbia Pictures par Sony Corporation. Les exemples avec Kinjite Sujet Tabou, Alien 3 (la fusion Weyland-Yutani) & RoboCop 3 (OCP racheté par un conglomérat Japonais) incarnent le mieux cette période, ainsi Soleil Levant par le biais du personnage d'Harvey Keitel, possède de nombreux relents racistes envers les Japonais.

La technologie "Hi-tech" et la manipulation des images, tellement évolué pour l'époque, prête à sourire de nos jours. Du coup ce qui était à la pointe et ultra-moderne il y a à peine quinze ans parait aujourd'hui totalement ringard: Gros téléphones portables, trucages numériques d'images que n'importe qui peut faire aujourd'hui avec Photoshop, ou encore s'extasier devant un disque laser.

Naviguant sur la mouvance Techno-Thriller avec un font d'érotisme pour l'enquête. À la fois nous avons une certaine satisfaction grâce à une intrigue peut être trop travaillée avec de nombreux rebondissements. Car sans jamais être captivant, Soleil Levant parvient à susciter un certain intérêt et à divertir, en dépit de ses nombreux défauts : Personnages stéréotypés, grosses ficelles scénaristiques - le sénateur John Morton-, des flashbacks mal incorporés, exposition trop longue par rapport au dénouement qui n'en finit pas de "rebondir"... Malheureusement, l’histoire n’apporte aucune conclusion définitive, dans le sens où si l’enquête sera officiellement bouclée, il restera toujours un doute concernant sa conclusion… Que devient John Conor ? Que devient la famille de Webster Smith ? Et le personnage d'Harvey Keitel ?

Ajoutons également une fin alternative au roman afin de ne pas froisser la communauté Japonaise.

La mise en scène de Philip Kaufman est trop académique. Et malheureusement le manque d'une grosse scène d’action aboutie se fait ressentir. La poursuite en voiture reste avortée ainsi que la scène finale dans l’immeuble en construction. Quant à l'érotisme ambiant de Soleil Levant n'est pas Paul Verhoeven qui veut… Même si le début part dans un exercice sexuel débridé sur une table de conférence, et laisse esquisser plus tard le nyotaimori, une table à sushis vivante.

La présence salvatrice de Sean Connery - également producteur exécutif - capable de par son unique présence d’éveiller un intérêt quasi moribond pour une oeuvre de cinéma bien malade. Son rôle est le mieux écrit. Moins bien travaillés Wesley Snipes souffre d’un rôle parfois ingrat, entre kôhai, le policier américain pas très réfléchi, et le pourri, mais son personnage est plus trouble que dans les autres histoires de "duo de flics" de l’époque. Quant à sa relation avec Harvey Keitel, le fait qu’ils aient tous deux fauté par le passé n’apporte finalement rien à l'intrigue. Cela fait plaisir de revoir quelques-uns des seconds couteaux les plus mémorables d’Hollywood, comme Ray Wyse (Twin Peaks) en sénateur John Morton… Ne parlons pas du rôle anecdotique de Steve Buscemi dont on aurait pu penser qu’il amènerait un plus.

Du coté des comédiens Japonais, nous retrouvons l'un des visages Nippons emblématiques d'Hollywood Makoto Iwamatsu, surnommé Mako, de Conan le Barbare de John Milius à RoboCop 3 en passant par La Canonnière du Yang-Tsé où il se retrouve nommé aux Oscars pour l'acteur meilleur second rôle. Ici, il incarne le CEO de Nakamoto Corporation. Autre naturalisé Américain Cary-Hiroyuki Tagakawa (The Man in the hight castle, Tekken, Le Dernier Empereur) interprète le yakuza Eddie Sakamura.  Et la surprise de Soleil Levant, la ravissante Tia Carrere en "Japonaise" …

Souvent considéré comme un "pont" entre les cultures japonaise et occidentale (rôle qu'il n'a jamais désiré jouer) Tôru Takemitsu a composé une très grande quantité de musiques telles que celle du très célèbre Ran d'Akira Kurosawa avec lequel il a plusieurs fois collaboré, mais aussi de Kwaidan de Masaki Kobayashi, la plus grosse production du cinéma japonais de l'époque, et de L'Empire de la passion de Nagisa Ōshima. Pour Soleil Levant ses mélodies manquent légèrement de morceaux pêchu qui puisse aider à pimenter cette intrigue.

Soleil Levant est intéressant à visionner pour la confrontation Sean Connery & Wesley Snipes, ce vieux sempai contre le jeune kôhai, représentant l'Orient et Occident sur un choc des cultures avec un fond de guerre économique Américano-Japonaise.. Un jeu de cache cache où la réalité et les apparences sont parfois trompeuse. Finalement, l'oeuvre de Michael Crichton peut se lire à double voire triple sens. Outre son "Japan Bashing" primaire systématique, ce long-métrage ne restera pas dans les annales, mais il reste divertissant et agréable par moments.


Affiche hommage d'Edgar Ascensao.

lundi 31 août 2015

Miller's Crossing (1990)

Après l'interlude barge et cartoonesque Arizona Junior, Les Frères Coen transforment l'essai avec Blood Simple, premier véritable coup d'éclat dans leur filmographie. Leur troisième long-métrage Miller's Crossing, écrit par Joel Coen en collaboration avec son frangin, est un pur hommage aux Films noirs. Ce voyage au temps de la prohibition regorge de personnages hauts en couleurs, de paris et de combats de boxe truqués, de whisky de contrebande au goût douteux, et surtout la corruption… Le décors est planté dans cette reconstitution qui possède tous les éléments pour faire vibrer de bonheur les amateurs de Films Noir.

A l'époque de la prohibition aux États-Unis, Johnny Caspar, petit caïd irascible toujours flanqué de son inquiétant bras droit, le dangereux Eddie le Danois, vient se plaindre des agissements d'un certain Bernie Bernhaum auprès de Leo O'Bannion, parrain de la mafia locale. Ce dernier lui interdit de faire justice lui-même sous peine de déclencher une guerre des gangs… 

Histoire à tiroir dans laquelle se balade le sombre Tom Reagan, bras droit du parrain Leo O'Bannion. Le spectateur ne cernera jamais ses réels intentions, ni ses ambitions ? Pourquoi fait-il tout cela ? Pour une poignée de dollars vis à vis de sa dette de jeu ?. Cet homme ambigu ne court pas après l'amour, ni le pouvoir… Il trahit tout le monde et personne à la fois, et sera à l'origine de quasiment toute les morts du long-métrage. Notre héros se montre réellement sans pitié, alors que les deux parrains locaux essayent de diriger cette ville, c'est lui qui joue la partition à la perfection mais en général ce genre de jeu à un but précis : Prise de pouvoir, vengeance ou rédemption, dans Miller's Crossing nous ne trouvons rien de tout ça. Au final, à part rembourser son ardoise, ce petit mafieux aura mené toute cette complexe supercherie pour pas grand chose… La conclusion est même équivoque puisqu'il refuse de retravailler pour son ancien patron, restant adossé à un arbre, remettant son chapeau. Son second chef étant mort, que va-t-il faire maintenant ? Peut-être voulait-il tout simplement sortir définitivement d'un univers qui le lasse mais auquel ce dernier ne peut échapper ?

Miller's Crossing insiste beaucoup sur la symbolique du chapeau - Le plan très poétique annonçant le titre avec cette douce brise dans les bois qui emporte ce mystérieux couvre-chef. C'est en fait un rêve que fait Tom Reagan… Quand Verna, la femme fatale, lui demande s'il court après il répond "Un homme qui court après un chapeau est un imbécile". Cette métaphore pourrait être perçu comme s'accrocher à la vie de gangster c'est foncer droit dans le mur.

Même si Tom Reagan perd souvent son chapeau, celui-ci revient toujours vers lui inéluctablement.


Tout les protagonistes (Les durs à cuire, les mafieux, les patrons de la pègre) sont sensés être moins humain, mais Tom Reagan est finalement bien plus impénétrable et impitoyable qu'eux. Son traitement permet de penser que notre héros est plus moral que ses gens car celui-ci ne veut tuer personne et laisse finalement tout le monde faire le travail à sa place mais lors de la conclusion, il tue Bernie de sang froid.

Finalement on ne sait pas si Tom Reagan a calculé à l'avance son coup ou non, puisque le spectateur a parfois l'impression que ce mafieux a surtout énormément de chance d'avoir des interlocuteurs finalement moins intelligents et malins en face de lui. Les autres personnages sont quant à eux sont aveuglés par leurs bons sentiments, la notions de respect et "de valeurs", "What heart ?" rétorque notre homme quand Bernie lui demande "Where is your heart ?" juste avant de se faire descendre… Les protagonistes les plus touchants sont donc ceux auxquels on s'attend le moins.


La scène d'ouverture rappelle irrévocablement celle du Parrain de Francis Ford Coppola, sauf qu'ici Les Frères Coen y pose leur touche. Johnny Caspar, l'italien mafieux n'est plus assis sur le trône mais se tient en face de l'Irlandais, Leo O'Bannion, et c'est donc le transalpin qui s'énerve, parle d'honneur, d'amitié et tente de charmer son patron qui lui, ne veut rien savoir. Celui-ci est secrètement amoureux d'une femme bien plus jeune, la source de sa faiblesse. Plus tard, on le voit également se défouler à la sulfateuse sur des tueurs venus l'assassiner chez lui mais malgré son âge, il reprend l'arme en main et fait un carnage. Cette scène est justifiée car Les Frères Coen nous montre que ce vieille homme est encore doué avec une arme et qu'il est loin d'être ramolli


Les codes du Film Noir sont subtilement déjoués, mais pas transgressés pour autant, grâce à la touche des deux cinéastes : L'humour absurde et les ruptures de tons. Sur un tel long-métrage ça peut déstabiliser l'ensemble de l'intrigue principale sauf ici, ce traitement permet justement aux réalisateurs de "personnaliser" leur hommage. Cette dérision, en filigrane, omniprésente correspond parfaitement à ce scénario - Variation de Yojimbo / Le Garde du Corps d'Akira Kurosawa. Un récit bénéficiant d'une écriture sans faille, bien équilibrée ou rien ne prend le pas sur le reste. 

La reconstitution de années 30 n'est aucunement tape à l'oeil. Quant à l'atmosphère Film Noir instauré par Les Frères Coen, celle-ci est respectée. Même si ce n'est pas le grand Roger Deakins qui s'occupe de la photographie, on ressent déjà cette volonté chez les cinéastes de se rapprocher de leur futur chef opérateur, à ce sujet le travail effectué par Barry Sonnenfeld est excellent. 


La mise-en-scène sans fioritures des Frères Coen, possède des mouvements de caméra d'une rare virtuosité, avec cette intention de cadrer assez large dans des espaces vastes, voir "vides" dans le bon sens du terme. La gestion des décors et surtout de la hauteur des intérieurs sont superbement maîtrisés, les éclairages posent clairement l'atmosphère, rendant ainsi hommage aux Films Noirs avec quelques plans d'ombres découpées sur des lumières tamisées. Les séquences d'action jouissives ne tombent jamais de la cartoon, et une certaine lenteur très appréciable se dégage de Miller's Crossing, les plans durent souvent - Les scènes dans la forêt sont vraiment belles. Quant à la symbolique avec le chapeau, est-elle un héritage de Jean-Pierre Melville ?.


Gabriel Byrne est l'homme de main du parrain Irlandais. Notre homme est mystérieux  possédant en lui une certaine part de mélancolieC'est un véritable truand, toujours sur le qui vive, malgré son assurance celui-ci s'en prend plein la tête mais notre héros ne perd jamais pied sauf une seule fois. L'interprétation brillante du comédien rend Tom Reagan charismatique, et son regard en dit long… Nous retrouvons des habitués du cinéma des Frères Coen comme John Turturro génial de pathétisme, le spectateur se rend compte que ce personnage sans envergure au début s'avère être l'ennemi le plus redoutable de notre héros et Jon Polito, mémorable chef de famille Italienne qui vante les mérites de la fratrie. A noter la brève apparition de Steve Buscemi dans le rôle de Mick.

Albert Finney tire son épingle du jeu, au début Leo O'Bannion est un peu vu comme le patron mafieux amoureux de la femme fatale, qui n'est rien sans ses gardes du corps mais cette impression est rapidement évacuée lors d'une scène monumentale où il va jouer de la Thompson comme personne. N'oublions pas J.E Freeman en terrifiant homme de main, toutes scènes valent le détour, le comédien en impose tellement que ça devient jubilatoire à chacune de ses apparitions.


La composition de Carter Burwell est certes très classique, voir en retrait, mais les images du long-métrage ne se soustraient jamais à ses mélodies. Ses thèmes ne font qu'accompagner doucement Miller's Crossing en lui donnant un coté mélancolique et d'autres morceaux sont très sombres. Le mélomane nous offre même un air assez poignant, bourré d'émotions marquant ainsi un certain décalage avec l'oeuvre.


L'oeuvre des Frères Coen s'amuse avec les codes du Film Noir. Gabriel Byrne est affublé d'un imperméable, d'un chapeau comme les détectives privées du genre. Ce héros est le pilier de l'intrigue, rendant visite aux protagonistes en les questionnants comme si notre homme était un enquêteur alors qu'il n'est finalement rien.


Le scénario sous-entend clairement que ce genre d'individu - ceux qui susurrent à l'oreille des chefs - sont les plus dangereux, les plus malins et les plus froids. Même la femme fatale parait désarçonnée par Tom Reagan. Les Frères Coen offrent aux spectateurs un cocktail détonnant d'humour et de noirceur avec ce Néo-Noir clairement atypique et très personnel. Miller's Crossing marque presque une première rupture dans la filmographie des deux cinéastes…

Affiche réalisée par Mgelen

mercredi 26 novembre 2014

Cop Land - Version Cinéma (1997)


Cop Land de James Mangold est l'un des grands polars des années 90, malheureusement ce long-métrage est assez méconnu du grand-public, sorti dans l'indifférence la plus totale à son époque aux États-Unis et en France. Véritable succès d'estime, dont les cinéphiles ont su apprécier cette oeuvre écrite et mise-en-scène par son cinéaste, signant ici son deuxième film - Son premier étant Heavy avec Liv Tyler.  

Dans le New Jersey, la petite bourgade de Garrison abrite les familles des policiers de New-York, ainsi ses habitants font dicter leur loi. Cette ville de banlieue surnommée "Cop Land", sert donc de cité-dortoir aux policiers du NYPD. Freddy Heflin, le shérif local, a toujours rêvé d'être l'un de ces flics de la Grosse Pomme, malheureusement ce dernier est sourd de l'oreille droite l'empêchant de réaliser son but. Un jour, un jeune officier de police surnommé "SuperBoy" commet une grave bavure, tuant par erreur deux afro-américains. Refusant de laisser plonger leur collègue, les résidents le couvrent et le font "disparaître" de la circulation. Mais la tension monte lorsque Moe Tilden des Affaires Internes est dépêché sur place, celui-ci soupçonne rapidement la mise-en-scène policière, et s'efforce de rallier le shérif Freddy à son enquête. Fatigué, et résigné ce dernier adopte une attitude passive, entre son amour secret pour la femme qu'il aime, son admiration pour les hommes habitant sa ville et la justice dont-il est le représentant local.

James Mangold écrit et réalise un véritable western urbain et moderne : L'histoire, les personnages, les situations, les enjeux… Tous ses éléments sont issues des grands classiques du genre, transposer dans le conteste contemporain. Nous assistons donc à un mélange entre Le train sifflera trois fois (Le shérif seul à s'ériger contre les mauvais au sein de sa petite bourgade) et 3H10 pour Yuma (un court passage final de deux minutes à la fin, quand Freddy se fait garde du corps de "Superboy".)


Cop Land est un excellent polar prenant plaisir à montrer un visage bien sombre de ces policiers du NYPD voulant chacun leur part du gâteau. Si cet angle ne propose rien de bien nouveau et semble aussi vieux que le genre lui-même, en revanche il est sublimé par un traitement réaliste prenant le temps de développer les différents protagonistes au détriment d'une enquête ne servant finalement de prétexte pour mettre en exergue ce cercle vicieux dans lequel ces hommes sont tombés. Ce long-métrage réussi à mettre à vif cette réalité gangrené de l'intérieur où la justice est devenue obsolète, les uns serrant les coudes pour leurs avantages, les autres empêtrés dans leur paperasse et impuissant de changer les choses.

Car les agents du NYPD sont protégés par leur supérieur hiérarchique, celui-ci négocie des havres de paix financé par la mafia de l'autre côté de l'Hudson River. Cette corruption à grande échelle est ajustée au millimètre près, à tel point que les policiers ferment les yeux sur les différents trafics de la pègre en contrepartie l'organisation offre des terrains et des crédits à 0% d'intérêt, c'est ainsi que la ville de Garrison c'est bâtie, créant une communauté intouchable.

Le spectateur est pris à témoin dans cette histoire, ou cette corruption généralisée au sein de la police de New-York existe depuis de nombreuses années. Et dès l'introduction, nous assistons à l'incident qui mettra le feux au poudre. Une bavure ou un jeune policier héroïque surnommé "SuperBoy" est mise en cause, et dont sa hiérarchie tente de camoufler les faits en inventant des preuves, bien-sûr l'excitation de la nuit sur le pont et des témoins peu docile feront échouer leurs plans, et ainsi ils feront croire à une tragédie humaine. S'en suit une lente - mais intense - intrigue en suspense et tension. Les affaires internes seront de la partie, les relations conjugales exploseront en vole et les anciennes combines remonteront également à la surface. On ressent tout le long de Cop Land cette animosité existante depuis des années, prête à éclater et qui attendait juste une étincelle. Ces différentes intrigues secondaires et personnelles enrichissent ce côté dramatique en rendant captivant ce récit.

Dans cette ville forteresse, une pauvre âme en peine est placée là pour faire illusion, le héros du récit Freddy Heflin. L'homme est un dépressif, un shérif "endormi" prenant peu à peu conscience qu'il a trop fermé les yeux. Cop Land montre une analyse intéressante, ce sont les hommes seuls, sans attaches qui n'ont rien à perdre et peuvent aller jusqu'au bout alors que les autres vont jusqu'à vendre leurs morales pour protéger leurs biens, leurs familles…

Du coté de la mise-en-scène, James Mangold prouve qu'il est un cinéaste confirmé pour son second long-métrage. Sa réalisation reste sobre et efficace, celui-ci est à l'aise avec les séquences intimistes (les nombreux dialogues avec Sylvester Stallone) que l'action (La course poursuite). Quant à cette conclusion où les tensions explosent, celle-ci est digne des plus grands westerns, nous gratifiant même d'un duel final avec des effets de ralenti et sonore bien trouvés. Grâce à son metteur-en-scène, le spectateur arrive à capter la dimension humaine de ces personnages ambigus, que ce cadre de petite ville de banlieue dans laquelle ils évoluent.    

Outre son scénario passionnant l'autre grosse plus-value réside dans son excellent casting. En raison d'un budget assez restreint, les comédiens ont considérablement  réduit leur cachet.

Apres avoir hésité entre John Travolta, Tom Hanks & Tom Cruise, James Mangold prend le pari de mettre Sylvester Stallone en tête d'affiche. Rôle à contre emploi pour l'Action-Star, ce dernier est juste dans son jeu mettant en valeur ses talents d'acteur, il devient vraiment émouvant et très touchant, on ressent alors le désarroi et la mélancolie. Son changement physique est impressionnant, celui-ci a prit 18,1 kilos pour se mettre dans la peau de son personnage. En 2008,  le comédien avoua avoir eux du mal à obtenir des rôles pendant huit années, Cop Land a fait du mal à sa carrière en raison des chiffres en deçà des attentes élevées qui avaient été fixées, et des hésitations des producteurs pour savoir s'il sortirait des films d'actions pour interpréter des protagonistes plus dramatiques. Comme l'acteur l'explique dans l'émission de radio Opie and Anthony : "Le début de la fin, pendant huit ans".

Affiche Japonaise
Face à lui, la crème de chez Martin Scorsese : Ray Liotta en policier abusant de drogue, un peu en marge dans cette bourgade et qui aimerait prendre la diagonale illustrée par une scène centrale importante, certainement l'un de ses meilleurs rôles depuis Les Affranchis. Le grand Harvey Keitel excellent en chef de bande qui mène ses hommes à la baguette, l'acteur est dans son registre habituel qu'il maîtrise à la perfection, suffit d'un regard de sa part pour comprendre qui faut pas venir le chercher. Quant à Robert De Niro, celui-ci est en retrait et ses face-à-face avec Sylvester Stallone sont des éléments clés de Cop Land. Dans rôles mineurs sont convaincant comme Robert Patrick, Peter Berg et de nombreux comédiens de la série HBO, Les Sopranos.

Pour son second long-métrage James Mangold signe avec Cop Land un récit passionnant d'un bout à l'autre. Son casting quatre étoiles est l'une des valeurs sûres du métrage. Certainement l'un des meilleurs polars de la décennie des 90's, malheureusement trop méconnu encore à ce jour.